Monsieur Jacques, marin-pêcheur à la retraite

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Quand j’ai croisé ce personnage au visage bourru et taillé à la serpe par les années et la mer, il a tout d’abord refusé de me raconter une histoire. « – Je n’ai rien à dire, explique-t-il, et qui diable cela pourrait-il intéresser ? »

Euh… Moi ?

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Ai-je le droit de m’amuser ?

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Mes chers et fidèles amis lecteurs,

Je me suis amusé.

Si, si, j’ai pris une photo et je me suis amusé à lui donner un sens. Celui que j’avais en tête quand j’ai pris ce cliché de la chapelle des Marins, de Saint Vaast la Hougue. Cette dernière date du XIème siècle et une fois que le promeneur se trouve à l’intérieur, il ne peut qu’être saisi par la sobriété et l’émotion qui se dégage de l’endroit. Les plaques en marbre, en mémoire des marins disparus en mer, appelle au recueillement et au silence. L’endroit est petit.

Voilà donc mon interprétation photographique de la chapelle des péris en mer. Lire la suite

Monsieur Jean, le débarqué du Débarquement

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Ah, monsieur Jean…

Toute la tendresse de ce village, où nous résidons depuis maintenant une semaine, sa gentillesse et ses sourires peuvent se retrouver dans ce grand bonhomme de 91 ans, martiniquais de naissance mais vrai saint vaastais. L’accent des îles chante encore dans sa bouche même si la casquette vissée sur le crâne dénonce ses appartenances maritimes.

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Lahaye, peintre en bâtiment

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A Saint Vaast la Hougue, il n’y a pas que des gueules. Il y a aussi des endroits. De vieilles maisons qui cachent des détails d’autrefois, des souvenirs d’une époque pas si lointaine et pourtant, déjà oubliée. Lire la suite

Louise, l’amour à fleur de peau

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Louise, ou l'amour à fleur de peau

L’amour qui tenait Louise
C’est le Bon Dieu qui le tenait
Le regard bleu sur Louise
C’est le Bon Dieu qui l’éclairait

La première fois que j’ai entendue cette chanson de Gérard Berliner, en 1983, je me suis demandé qui était cette Louise. Louise Michel ? Peut-être. Je ne sais pas, je n’ai jamais su.

Jusqu’à ma rencontre avec Louise au café du Commerce de Saint-Vaast. Ici, tout le monde l’appelle Louisette. C’est du moins le surnom que cette grande femme au visage marqué par les années et la vie, mais au regard tellement doux et bleu, aime se donner. Elle a des mains épaisses, ses bras sont tatoués de phrases d’amour et d’espoir : J’aime la vie, je veux vivre. A mon amour, Paul. Et d’autres que je n’ai pas réussi à déchiffrer. Louisette est un vrai personnage, une sorte de Jean Valjean au féminin, aux tripes bouffées par l’alcool et aux rides accentuées par les impitoyables hivers normands. C’est le Commandant qui nous présente Louise, à Vincent et moi. Ses yeux bleus flashent sur la petite gueule mal rasée de mon camarade. « – Toi, t’es mon copain… » J’essaye de me placer : « – Et moi, j’ai vendu du beurre aux allemands ? » Louisette ni me regarde, ni me répond. Pourtant, quand je lui demande de poser pour moi, son tatouage bien en évidence, elle le fait sans rechigner.

Louise, non plus, n’a pas eu une vie hollywoodienne.

Plus jeune, elle travaillait à la criée de Cherbourg. le matin et rue de la Paix, l’après-midi. Les hommes l’appelaient Attila car après elle et ses poings épais, plus rien ne repoussait. Elle savait cogner, m’a-t-on dit, et pas qu’un peu. Il faut dire, parce que je l’ai vu, que Louisette peut devenir graveleuse et mauvaise quand elle a un coup de trop. Aussi sec, cette force de la nature se fait remettre en place par l’Anglais, le patron du Commerce. Elle ne répond rien, attend, penaude, que quelqu’un lui offre un verre.

Quand nous arrivons avec nos appareils et nos écrans, son visage s’éclaire. « – Mes copains, dit-elle.  » Même si son regard va souvent vers Vincent, elle apprécie que nous lui montrions nos photos. Louisette se sent aimée et importante, elle qui a tellement besoin qu’on l’aime.

Parce que de l’amour, Louise crève de ne pas en avoir eu assez. Elle le boit, elle le crie mais elle en crève. Assise, seule, devant le comptoir avec son verre de rosé, je vois une femme différente de ce qu’elle semble être et ce, malgré les épreuves traversées et les cicatrices ramassées au gré du temps. Louise a la voix cassée, le visage marqué et pourtant, de ce personnage sort une dignité humaine tellement forte que c’en est une évidence. Malgré les ravages d’une vie, il y a une si jolie douceur dans le regard bleu de cette femme.  Je l’embrasse comme du bon pain, Louisette. Je lui parle gaiement.

Rien à faire, c’est toujours Vincent son copain.

Berliner ne connaissait pas Louise et pourtant, il l’a chanté. Et si personne n’a aimé Louisette, c’est peut-etre le Bon Dieu qui s’en est chargé. C’est doux à écrire. C’est doux à lire.

Je ne suis pas convaincu que ce soit doux à vivre.

I love you. All of you. And Lulu.

Guy

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Au fur et à mesure des jours qui passent, le café du Commerce s’ouvre à nous. Les bouches se délient, les liens se créent. Si ce pittoresque établissement a ses pochetrons, le village a ses historiens. Qui, en l’occurrence, sont quatre femmes. Ou cinq, c’est selon. Impeccablement habillées, pimpantes et souriantes, ces dames viennent tous les matins prendre leur petit café du matin.

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