L’Heure Bleue

L’Heure Bleue

A peine quelques mètres en dessous du Sans-Souci, se dresse la façade rétro de chez Moune. Aujourd’hui, c’est une quelconque boîte de nuit. Mais au temps des salauds de Pigalle, l’endroit s’appelait l’Heure Bleue. C’était un lieu de rencontres uniques en leurs genres. Mais pas celles que vous croyez…

Chez Moune, autrefois, l’Heure Bleue

C’est pendant la guerre que Paris donna à l’Heure Bleue son surnom d’Heure Brune car les collabos s’y retrouvaient. Détail qui a son importance. À la Libération, Pierre Loutrel, alias Pierrot le Fou, y retrouva Jo Attia. Ces deux-là, croyez-moi, c’était du dur de chez dur. Notamment Loutrel. Il n’hésitait pas à sortir son calibre pour descendre de sang froid le premier qui levait les yeux vers lui. Ce tueur avait collaboré avec les allemands en appartenant à la Carlingue, une sinistre association de voyous qui assassinaient quiconque gênait leurs affaires et donc, celles de l’ennemi. Voilà pourquoi Pierrot le Fou connaissait bien l’Heure Bleue.

Pierre Loutrel.

Jo Attia était un véritable gangster. Mais avec un bon fond, selon sa fille Nicole. C’est le seul de tous à avoir terminé ses jours dans son lit. Si les balles l’ont toujours miraculeusement épargné, le cancer, en revanche, ne lui fera pas de cadeau. Pendant la guerre, il sera enrôlé au Bat’d’Af (Bataillon d’Afrique) et croisera Loutrel. Voilà comment les deux hommes deviendront amis. Même si leurs caractères sont totalement opposés (Loutrel fut collaborateur, Attia fut patriote et anti nazi) il est curieux de constater que dans le crime, les alliances n’ont pas d’odeur. Les deux hommes sont de véritables amis, aussi incroyable que cela puisse paraître.

Après la guerre, les deux voyous se retrouvent à l’Heure Bleue. L’ambiance est à la fête. La guerre est finie. On croise du beau monde dans l’établissement. Ainsi, la très belle Martine Carol est une habituée de l’endroit. Ginette Leclerc est la vedette du spectacle et Bill Coleman joue son jazz. L’endroit est sous la direction de Roger Duchesne, ancien jeune premier d’avant-guerre. Notez bien ce nom, j’en reparlerai dans un prochain papier. Mais revenons à nos moutons ou devrais-je dire, à notre brebis galeuse et une chèvre : Pierre Loutrel et Martine Carol.

Un soir qu’il est totalement saoul, Pierrot le Fou embarque de force l’actrice dans sa voiture, bien décidé à lui faire son affaire. Il cherche à la convaincre, elle résiste. Peu habitué aux finesses de la courtoisie, Loutrel cogne sans l’ombre d’une hésitation la jeune femme. Plusieurs fois.

Heureusement pour elle, Attia avait jugé prudent de les accompagner. Il sauva Martine Carol in extremis, ramena la vedette en lambeaux, le visage déglingué chez elle. Le lendemain, elle reçut un énorme bouquet de roses avec les excuses de Jo Attia.

C’est toujours à l’Heure Bleue que Jo Attia et Pierre Loutrel mirent au point une combine qui allait faire date dans l’Histoire du Crime organisé : celle du braquage motorisé, certainement inspirée par Jules Bonnet. Ainsi, à l’Heure Bleue est né le concept meurtrier du Gang des Tractions. La bande achète plusieurs Citroën 15/6, les meilleurs voitures du moment. Elles sont puissantes, rapides et nerveuses. Bref, ce qu’il faut pour semer les pauvres petites 11cv de la police.

Rapidement, le gang va semer la terreur. Le rythme des braquages s’emballe. S’il ne picole pas trop, Loutrel est redoutable d’organisation méticuleuse. Aucun détail n’est laissé de côté. La mécanique est parfaitement réglée. Le gang repère les lieux, chronomètrent le hold-up, tirent s’il y a besoin, raflent les sacs de billets et s’engouffrent presqu’aussitôt dans la Traction qui repart, moteur toujours en route, sur les chapeaux de roue.

Plus tard, à la fin des années 50, Monique Carton, alias Moune, racheta l’endroit – peut-être à Roger Duchesne – et changea radicalement son identité. Désormais baptisé « Chez Moune », la place se transforma en cabaret féminin et fut, encore récemment, un haut lieu du lesbianisme.

Aujourd’hui, c’est une boîte de nuit quelconque, qui a oublié ses légendes sanglantes et mondaines. Elle semble abandonnée, ou endormie. Après tout ce que je viens de vous raconter, c’est peut-être mieux ainsi.

I love you. All of you. And Lulu.

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