Louise, ou l'amour à fleur de peau

L’amour qui tenait Louise
C’est le Bon Dieu qui le tenait
Le regard bleu sur Louise
C’est le Bon Dieu qui l’éclairait

La première fois que j’ai entendue cette chanson de Gérard Berliner, en 1983, je me suis demandé qui était cette Louise. Louise Michel ? Peut-être. Je ne sais pas, je n’ai jamais su.

Jusqu’à ma rencontre avec Louise au café du Commerce de Saint-Vaast. Ici, tout le monde l’appelle Louisette. C’est du moins le surnom que cette grande femme au visage marqué par les années et la vie, mais au regard tellement doux et bleu, aime se donner. Elle a des mains épaisses, ses bras sont tatoués de phrases d’amour et d’espoir : J’aime la vie, je veux vivre. A mon amour, Paul. Et d’autres que je n’ai pas réussi à déchiffrer. Louisette est un vrai personnage, une sorte de Jean Valjean au féminin, aux tripes bouffées par l’alcool et aux rides accentuées par les impitoyables hivers normands. C’est le Commandant qui nous présente Louise, à Vincent et moi. Ses yeux bleus flashent sur la petite gueule mal rasée de mon camarade. « – Toi, t’es mon copain… » J’essaye de me placer : « – Et moi, j’ai vendu du beurre aux allemands ? » Louisette ni me regarde, ni me répond. Pourtant, quand je lui demande de poser pour moi, son tatouage bien en évidence, elle le fait sans rechigner.

Louise, non plus, n’a pas eu une vie hollywoodienne.

Plus jeune, elle travaillait à la criée de Cherbourg. le matin et rue de la Paix, l’après-midi. Les hommes l’appelaient Attila car après elle et ses poings épais, plus rien ne repoussait. Elle savait cogner, m’a-t-on dit, et pas qu’un peu. Il faut dire, parce que je l’ai vu, que Louisette peut devenir graveleuse et mauvaise quand elle a un coup de trop. Aussi sec, cette force de la nature se fait remettre en place par l’Anglais, le patron du Commerce. Elle ne répond rien, attend, penaude, que quelqu’un lui offre un verre.

Quand nous arrivons avec nos appareils et nos écrans, son visage s’éclaire. « – Mes copains, dit-elle.  » Même si son regard va souvent vers Vincent, elle apprécie que nous lui montrions nos photos. Louisette se sent aimée et importante, elle qui a tellement besoin qu’on l’aime.

Parce que de l’amour, Louise crève de ne pas en avoir eu assez. Elle le boit, elle le crie mais elle en crève. Assise, seule, devant le comptoir avec son verre de rosé, je vois une femme différente de ce qu’elle semble être et ce, malgré les épreuves traversées et les cicatrices ramassées au gré du temps. Louise a la voix cassée, le visage marqué et pourtant, de ce personnage sort une dignité humaine tellement forte que c’en est une évidence. Malgré les ravages d’une vie, il y a une si jolie douceur dans le regard bleu de cette femme.  Je l’embrasse comme du bon pain, Louisette. Je lui parle gaiement.

Rien à faire, c’est toujours Vincent son copain.

Berliner ne connaissait pas Louise et pourtant, il l’a chanté. Et si personne n’a aimé Louisette, c’est peut-etre le Bon Dieu qui s’en est chargé. C’est doux à écrire. C’est doux à lire.

Je ne suis pas convaincu que ce soit doux à vivre.

I love you. All of you. And Lulu.

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Au fur et à mesure des jours qui passent, le café du Commerce s’ouvre à nous. Les bouches se délient, les liens se créent. Si ce pittoresque établissement a ses pochetrons, le village a ses historiens. Qui, en l’occurrence, sont quatre femmes. Ou cinq, c’est selon. Impeccablement habillées, pimpantes et souriantes, ces dames viennent tous les matins prendre leur petit café du matin.

Lire la suite « Guy »

Dans les rues de Saint Vaast la Hougue, marche un singulier personnage. Petit sur pattes, habillé dans un éternel bleu de travail, il marche en gesticulant des bras, un peu comme une danseuse boiteuse… Ce singulier personnage s’appelle René mais ici, au Commerce, tout le monde l’appelle Néné.

Lire la suite « Néné »

Dans le café du Commerce, tenu par l’Anglais – voir mes autres billets des jours précédents – des clients s’arrêtent au comptoir. Ils sont timides et gauches mais tous regardent nos appareils avec curiosité. Qui sommes-nous ? Pourquoi les photographier, eux, que personne ne regarde ? J’ai tellement envie de leur parler de Doisneau et de Ronis, immenses photographes humanistes. Je prends le temps de les écouter parce que,  mon vieux, ils en ont des choses à dire. Sur la mer, sur leur village, sur la vie. Lire la suite « Louise et le Père Noël »

Je vous parlais du Commandant, marin désormais sans bateau depuis une bonne quinzaine d’années et échoué – si j’ose dire – au café du Commerce, à Saint Vaast.

Je ne vous ai pas montré le très beau portrait tiré par le grand et admirable Vincent LR. Pardon pour cet oubli.

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Je pense que tout est dit. Pas besoin de rajouter grand chose.

I love you. All of you. And Lulu.

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