Il y aura à manger

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Ah, mes chers amis lecteurs…

Il est des moments où la vie nous offre de savoureux moments de tendresse. Quand on les vit, on est en droit de penser que l’espèce humaine n’est peut être pas si mauvaise…

En regardant cette photo, vous êtes en droit de vous demander : -« Que se disent-ils ? »
Ne dites rien, je le sais. Du moins, je le devine. Votre curiosité légendaire vous trahira.
Ces braves gens montent avec moi dans le train qui roule sur Saint Lazare. Lui a les cheveux gras, des grosses mains aux ongles sales et mal coupés. Elle est beaucoup plus jeune, bien propre sur elle. Sa voix est haute et assez agréable.

L’homme laisse tomber :
-« Tout va bien. Il y a des steaks hachés dans le congélateur. »

Contrairement à ce que vous pourriez penser, cette phrase ne me fait pas sourire. Je sais qu’il est de plus en plus difficile de bien se nourrir. Néanmoins, j’écoute, comme ça, l’air de rien.

Elle répond :
– » Je viens d’acheter pour environ 70 euros de course. Non, non, ça ira. Tu as les pâtes au poulet. Des tomates farcies. Ah, il y aussi du boudin aux pommes pour demain soir. »
Elle secoue la tête :
« -Non, ça ira. »
Un ange passe alors. J’en profite pour sortir mon iPhone et commence à écrire ce billet. Car l’affaire est belle, vous me direz. Il parle de steaks hachés. Elle le gronde gentiment en lui parlant de boudin aux pommes. Pas la même chose. Il y a , comme qui dirait, du voyage.

Lui prend son téléphone et appelle quelqu’un quelque part. Une personne doit donc décrocher car il démarre aussi sec :
-« Ah non ! Tu nous attends ! Tu ne passes pas à table ! »
Petite note : il est onze heures du matin…
-« Tu nous attends ! Je t’ai acheté du pain frais.  »

Soixante dix euros de pain frais ?

Il raccroche. Reprend la conversation avec la jeune fille. Parle encore de bouffe. Mon vieux, même s’ils ont l’air fauchés, mieux vaut peut être les avoir en photo que de les inviter à dîner.

Nous voici arrivés à Bondy. Ils descendent du train. J’entends encore leur conversation. Elle va obéir au docteur qui lui a demandé de se mettre au régime pendant un mois. Et juste comme elle pose le pied sur le quai, elle conclut :
-« Le docteur à dit. J’obéis. Je boirai du Coca light Zéro. »

Voilà. Pas de boudin aux pommes, ni même de tomates farcies. Du Coca light zéro.

Mais qu’est ce que j’ai, moi ?

J’ai faim.

I love you. All of you. And Lulu

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