Chez mes grands-parents

Enfin !

C’est incroyable. Inouï. Je l’ai voulu je ne sais combien de fois. Après pas mal d’années – peut-être cinquante – à le rêver, je suis revenu dans l’appartement des mes grands-parents, à Grenoble. Là où mon père et ses frères sont nés et ont grandi. Où moi-même, j’ai grandi de 1965 à 1969. Là où ma mémoire commence…


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Yolande, ou la nostalgie magique des archives

Cloué par madame Saloperie de Grippe, et grâce à la magie pratique d’un NAS – si vous ne savez pas ce que c’est, ce n’est pas grave – je suis tombé sur cette photo de 2003. 

Yolande.
Évidemment, cela n’évoquera rien pour n’importe lequel d’entre vous. Mais si vous connaissiez Maisonneuve, ce tout petit village perdu dans le sud de l’Ardèche, à la limite du Gard, vous auriez un sourire nostalgique et chuchoteriez : – « Yolande… »
C’est en rendre visite à son meilleur ami de l’époque que mon grand-père tomba amoureux de ce coin sauvage. Ma grand-mère, si elle approuva la décision, ne la partagea pas forcément. Il lui fallait du macadam sous les talons. Pas des bouses de vache disséminées sur des chemins poussiéreux de rocaille. Jacques – mon grand-père – acheta la maison familiale dans les années 60, à l’époque où ce coin paumé de France vivait toujours au rythme de la traie des vaches et des fromages de chèvre. La terre était dure et sèche, comme ses habitants. Aller là-bas était un véritable voyage de plusieurs longues heures. En 1969, année de mes premières vacances à Maisonneuve, un seul habitant possédait le téléphone. Quand mon père appelait pour savoir comment je me portais, il lui fallait rappeler une heure après, le temps qu’on arrive. 

Yolande tenait l’épicerie du village. Tout le monde s’y retrouvait parce qu’avec le tabac de Gaston, c’était le seul endroit où le village aimait à se retrouver et causer. Ma sœur et moi adorions y aller pour les surprises étalées à côté de la caisse de l’épicière. Plus tard, ces cadeaux de pacotille emballées laisseront la place aux Chupa Chups qui, elles, resteront jusqu’à la fin. 

Pendant près de 40 ans, Yolande a tenu son épicerie, plantée derrière son comptoir, a nous demander ce que l’on voulait. Je n’ai pas oublié sa voix, puissante et matinée d’un bel accent ardéchois. Malgré l’arrivée des centres commerciaux, l’ouverture des ardéchois aux vacanciers d’abord et aux touristes ensuite, elle est restée fidèle à son poste. Certes, les prix y étaient plus chers qu’ailleurs. Mais le goût de la viande que Yolande vendait, pardon, ce n’était pas rien. L’ambiance était familiale et chaleureuse. On ne payait jamais chez cette femme. Elle notait scrupuleusement les factures de tout le monde sur un gros carnet noir. À la fin de chaque mois, chacun payait son dû. 

Yolande et son livre de comptes.
La commerçante et son épicerie ont traversé mon enfance, mon adolescence et mes premières années d’adulte. Même mes quatre gamins ont connu Yolande. Elle faisait partie de ce quotidien magique dont on se souvient avec nostalgie et tendresse. 
Un jour, Yolande a pris sa retraite. Elle a fermé l’épicerie et est rentrée chez elle. Il a fallu changer ses habitudes, aller au centre commercial, tellement fade à côté du bonjour rocailleux de Yolande. 

Une page s’est tournée. C’est la vie. L’épicerie est toujours là, avec ses rayons vides, nous invitant à la réouvrir. 

L’épicerie de Yolande

Finalement, Yolande est morte, de je ne sais quelle maladie. La dernière fois que je suis allé à Maisonneuve, j’ai remarqué que l’enseigne avait été retirée. Il n’y a plus marqué « Boucherie Charcuterie Alimentation« . Effacé. Terminé. Je n’achèterai plus jamais de Chupa Chups ni pour moi, ni pour les enfants. 

Les jours passent, je demeure, pour reprendre les mots de Pierre Bergé. Les jours passent, ils emmènent un peu plus de nos vies d’autrefois. 

Plus ça passe, plus ça fait mal. 

I love you. All of you. And Lulu. 

Ah, monsieur Jean…

Toute la tendresse de ce village, où nous résidons depuis maintenant une semaine, sa gentillesse et ses sourires peuvent se retrouver dans ce grand bonhomme de 91 ans, martiniquais de naissance mais vrai saint vaastais. L’accent des îles chante encore dans sa bouche même si la casquette vissée sur le crâne dénonce ses appartenances maritimes.

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Louise, ou l'amour à fleur de peau

L’amour qui tenait Louise
C’est le Bon Dieu qui le tenait
Le regard bleu sur Louise
C’est le Bon Dieu qui l’éclairait

La première fois que j’ai entendue cette chanson de Gérard Berliner, en 1983, je me suis demandé qui était cette Louise. Louise Michel ? Peut-être. Je ne sais pas, je n’ai jamais su.

Jusqu’à ma rencontre avec Louise au café du Commerce de Saint-Vaast. Ici, tout le monde l’appelle Louisette. C’est du moins le surnom que cette grande femme au visage marqué par les années et la vie, mais au regard tellement doux et bleu, aime se donner. Elle a des mains épaisses, ses bras sont tatoués de phrases d’amour et d’espoir : J’aime la vie, je veux vivre. A mon amour, Paul. Et d’autres que je n’ai pas réussi à déchiffrer. Louisette est un vrai personnage, une sorte de Jean Valjean au féminin, aux tripes bouffées par l’alcool et aux rides accentuées par les impitoyables hivers normands. C’est le Commandant qui nous présente Louise, à Vincent et moi. Ses yeux bleus flashent sur la petite gueule mal rasée de mon camarade. « – Toi, t’es mon copain… » J’essaye de me placer : « – Et moi, j’ai vendu du beurre aux allemands ? » Louisette ni me regarde, ni me répond. Pourtant, quand je lui demande de poser pour moi, son tatouage bien en évidence, elle le fait sans rechigner.

Louise, non plus, n’a pas eu une vie hollywoodienne.

Plus jeune, elle travaillait à la criée de Cherbourg. le matin et rue de la Paix, l’après-midi. Les hommes l’appelaient Attila car après elle et ses poings épais, plus rien ne repoussait. Elle savait cogner, m’a-t-on dit, et pas qu’un peu. Il faut dire, parce que je l’ai vu, que Louisette peut devenir graveleuse et mauvaise quand elle a un coup de trop. Aussi sec, cette force de la nature se fait remettre en place par l’Anglais, le patron du Commerce. Elle ne répond rien, attend, penaude, que quelqu’un lui offre un verre.

Quand nous arrivons avec nos appareils et nos écrans, son visage s’éclaire. « – Mes copains, dit-elle.  » Même si son regard va souvent vers Vincent, elle apprécie que nous lui montrions nos photos. Louisette se sent aimée et importante, elle qui a tellement besoin qu’on l’aime.

Parce que de l’amour, Louise crève de ne pas en avoir eu assez. Elle le boit, elle le crie mais elle en crève. Assise, seule, devant le comptoir avec son verre de rosé, je vois une femme différente de ce qu’elle semble être et ce, malgré les épreuves traversées et les cicatrices ramassées au gré du temps. Louise a la voix cassée, le visage marqué et pourtant, de ce personnage sort une dignité humaine tellement forte que c’en est une évidence. Malgré les ravages d’une vie, il y a une si jolie douceur dans le regard bleu de cette femme.  Je l’embrasse comme du bon pain, Louisette. Je lui parle gaiement.

Rien à faire, c’est toujours Vincent son copain.

Berliner ne connaissait pas Louise et pourtant, il l’a chanté. Et si personne n’a aimé Louisette, c’est peut-etre le Bon Dieu qui s’en est chargé. C’est doux à écrire. C’est doux à lire.

Je ne suis pas convaincu que ce soit doux à vivre.

I love you. All of you. And Lulu.

Dans les rues de Saint Vaast la Hougue, marche un singulier personnage. Petit sur pattes, habillé dans un éternel bleu de travail, il marche en gesticulant des bras, un peu comme une danseuse boiteuse… Ce singulier personnage s’appelle René mais ici, au Commerce, tout le monde l’appelle Néné.

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