Grandeur et décadence

Vous l’avez sans doute remarqué… Ces derniers jours, j’étais dans ma région natale : Grenoble. Mon dernier article parle de l’appartement de mes grands-parents, que je n’avais pas vu depuis 1969. L’appartement, hein, pas mes grands-parents… Il est également un autre souvenir que je voulais partager avec mes (très) aimables lecteurs : celui du pavillon Keller.

GV-Les Deux Alpes, Livay, Pavillon Keller-2017-001

L’incroyable Pavillon Keller

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Chez mes grands-parents

Mis en avant

Enfin !

C’est incroyable. Inouï. Je l’ai voulu je ne sais combien de fois. Après pas mal d’années – peut-être cinquante – à le rêver, je suis revenu dans l’appartement des mes grands-parents, à Grenoble. Là où mon père et ses frères sont nés et ont grandi. Où moi-même, j’ai grandi de 1965 à 1969. Là où ma mémoire commence…


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Le bonheur, je vous dis…

En remontant la pittoresque rue de la Roquette, je suis entré par hasard dans un Cash Express, ces boutiques qui vendent des vieux trucs (pas souvent) bon marché. J’y cherche des objectifs photos d’occasion, des curiosités, des trucs… Ces commerces cash and carry peuvent se révéler de véritables cavernes d’Ali Baba. 

Je baguenaude. Je flâne. Je traîne. 

Et je le vois. 

Il est devant moi, rangé parmi d’autres appareils photos. Sagement aligné parmi ses congénères, un authentique Agfamatic Sensor m’appelle. J’ai connu des belles retrouvailles mais de ce calibre, très peu. 

Agfamatic Instamatic, mon deuxième appareil photo. Le premier qui ne m’a pratiquement jamais quitté.


Mon grand-père m’avait offert cet appareil photo pendant mes vacances d’été aux Vans, en Ardèche, en 1973. Il y avait une minuscule pellicule incluse. J’ai mis celle-ci dans le petit boîtier et j’ai déclenché. Depuis, je ne me souviens pas avoir arrêté. 

Un soir, alors que le soleil se couchait, j’ai supplié ma grand-mère de poser. Elle a râlé, a d’abord refusé, soulignant – a juste titre – qu’elle avait les cheveux en vrac dans une espèce de fichu et qu’il en était hors de question. Jeanne, ma grand-mère, mais tout le monde l’appelait Jean, avait horreur d’être photographiée. J’ai tenu bon. Et finalement, jetant son fichu par terre, elle a craqué. J’ai sorti mon petit Agfa et hop. 

Ma grand-mère, en 1971.


J’ai retrouvé les minuscules négatifs de cette pellicule bien des années plus tard. Croyant ce souvenir définitivement perdu, j’ai été heureux de l’archiver numériquement. Aujourd’hui, remettre la main sur l’appareil photo, créateur de cette photo, donne le sourire. Mais pas n’importe lequel : celui du gosse de 11 ans qui réussit la photo de sa grand-mère. 

I love you. All of you. And Lulu. 

Souvenirs d’enfance. Mais pas les miens…

Galerie

Cette galerie contient 2 photos.

Au début des années 50, sur la promenade de Luc sur Mer, les gamins alors en vacances, tannaient leurs parents pour savourer la gourmandise de l’époque : une gui-gui. Imaginez une guimauve multicolore, s’enroulant sur elle-même pour former une jolie … Lire la suite

Yolande, ou la nostalgie magique des archives

Cloué par madame Saloperie de Grippe, et grâce à la magie pratique d’un NAS – si vous ne savez pas ce que c’est, ce n’est pas grave – je suis tombé sur cette photo de 2003. 

Yolande.

Évidemment, cela n’évoquera rien pour n’importe lequel d’entre vous. Mais si vous connaissiez Maisonneuve, ce tout petit village perdu dans le sud de l’Ardèche, à la limite du Gard, vous auriez un sourire nostalgique et chuchoteriez : – « Yolande… »
C’est en rendre visite à son meilleur ami de l’époque que mon grand-père tomba amoureux de ce coin sauvage. Ma grand-mère, si elle approuva la décision, ne la partagea pas forcément. Il lui fallait du macadam sous les talons. Pas des bouses de vache disséminées sur des chemins poussiéreux de rocaille. Jacques – mon grand-père – acheta la maison familiale dans les années 60, à l’époque où ce coin paumé de France vivait toujours au rythme de la traie des vaches et des fromages de chèvre. La terre était dure et sèche, comme ses habitants. Aller là-bas était un véritable voyage de plusieurs longues heures. En 1969, année de mes premières vacances à Maisonneuve, un seul habitant possédait le téléphone. Quand mon père appelait pour savoir comment je me portais, il lui fallait rappeler une heure après, le temps qu’on arrive. 

Yolande tenait l’épicerie du village. Tout le monde s’y retrouvait parce qu’avec le tabac de Gaston, c’était le seul endroit où le village aimait à se retrouver et causer. Ma sœur et moi adorions y aller pour les surprises étalées à côté de la caisse de l’épicière. Plus tard, ces cadeaux de pacotille emballées laisseront la place aux Chupa Chups qui, elles, resteront jusqu’à la fin. 

Pendant près de 40 ans, Yolande a tenu son épicerie, plantée derrière son comptoir, a nous demander ce que l’on voulait. Je n’ai pas oublié sa voix, puissante et matinée d’un bel accent ardéchois. Malgré l’arrivée des centres commerciaux, l’ouverture des ardéchois aux vacanciers d’abord et aux touristes ensuite, elle est restée fidèle à son poste. Certes, les prix y étaient plus chers qu’ailleurs. Mais le goût de la viande que Yolande vendait, pardon, ce n’était pas rien. L’ambiance était familiale et chaleureuse. On ne payait jamais chez cette femme. Elle notait scrupuleusement les factures de tout le monde sur un gros carnet noir. À la fin de chaque mois, chacun payait son dû. 

Yolande et son livre de comptes.

La commerçante et son épicerie ont traversé mon enfance, mon adolescence et mes premières années d’adulte. Même mes quatre gamins ont connu Yolande. Elle faisait partie de ce quotidien magique dont on se souvient avec nostalgie et tendresse. 
Un jour, Yolande a pris sa retraite. Elle a fermé l’épicerie et est rentrée chez elle. Il a fallu changer ses habitudes, aller au centre commercial, tellement fade à côté du bonjour rocailleux de Yolande. 

Une page s’est tournée. C’est la vie. L’épicerie est toujours là, avec ses rayons vides, nous invitant à la réouvrir. 

L’épicerie de Yolande


Finalement, Yolande est morte, de je ne sais quelle maladie. La dernière fois que je suis allé à Maisonneuve, j’ai remarqué que l’enseigne avait été retirée. Il n’y a plus marqué « Boucherie Charcuterie Alimentation« . Effacé. Terminé. Je n’achèterai plus jamais de Chupa Chups ni pour moi, ni pour les enfants. 

Les jours passent, je demeure, pour reprendre les mots de Pierre Bergé. Les jours passent, ils emmènent un peu plus de nos vies d’autrefois. 

Plus ça passe, plus ça fait mal. 

I love you. All of you. And Lulu.