Monsieur Bill, faux gangster, véritable assassin.

Sale gosse capricieux, Georges Rapin a choisi de devenir gangster, à l’image de ceux qu’il voit au cinéma. Bandit d’opérette, il choisira comme quartier général un café rendu célèbre par Joseph Kessel : le Sans-Souci. A force de se prendre pour un voyou, il deviendra un véritable assassin en tuant une brave gosse qui n’avait rien demandé. Son procès, auquel participeront de nombreux intellectuels, sera suivi par la France entière. En 1960, Georges Rapin sera guillotiné à seulement 24 ans.


Georges Rapin, alias monsieur Bill
Truand amateur mais très bon modèle photographique : Georges Rapin

Monsieur Bill, c’est Georges Rapin. Pour la plupart d’entre vous, ce nom n’ évoquera rien. Pourtant, cet homme fut au cœur d’un procès très médiatisé dans les années 50. Je sais, je vous vois venir : vous n’étiez pas nés.

Georges est issu d’une belle famille bourgeoise. Le papa est ingénieur de l’école des Mines. Ses affaires lui prenant énormément de temps, c’est la maman et la grand-mère qui s’occupent du gamin. Ce dernier devient rapidement capricieux. Pour ne pas gâcher le tableau, le gamin est mal gaulé. D’ailleurs, il ne dépassera jamais les 1m62. Du coup, les deux femmes satisferont toujours à ses caprices.

Petit à petit, fasciné par le cinéma qui ne parle que de bandits et de règlements de comptes, Georges s’inventera un personnage et traînera de plus en plus du côté de Pigalle.

Le Sans-Souci est le bar où monsieur Bill – c’est donc le surnom que Georges s’est choisi – aime traîner.

La suite, je laisse à la plume truculente d’Alphonse Boudard, le soin de vous la raconter.

Monsieur Bill enquille dans tous les tripots accessibles à Montmartre. Il est au comble de la félicité lorsqu’il tire lentement sur sa cigarette blonde avant d’abattre son jeu. Les autres vicelards, les vrais, sinon les purs, connaissent la partition… On fait gagner le cave un certain temps pour mieux l’essorer au final. Bill perd en homme. Il règle ses dettes, avec l’argent de grand-mère, sans ciller. En veine de confidences dans les rades, il se laisse aller à raconter aux filles des histoires où il se donne le beau rôle, les courses de moto qu’il a gagnées à Monthléry, ses succès auprès des nanas toutes plus belles les unes que les autres. Et qui le supplient de prendre leur monnaie acquise à la transpiration du sexe…

Les vrais truands du coin démasquent rapidement Georges Rapin et le laissent continuer son numéro, avec ses costumes clinquants et sa Gordini. Jusqu’à ce que les choses s’enveniment pour finalement, atteindre une issue fatale.

Dominique, une brune piquante, belle gosse de son état, vient de temps en temps au Sans Souci. De son vrai nom Muguette Thiriel, elle pratique la prostitution légère. Monsieur Bill, pensant que les truands de Pigalle l’ont adopté, impose à la jeune femme sa protection. Cette dernière accepte le pourcentage imposé par son nouveau maquereau, qu’elle juge peu dangereux, sachant qu’il est un petit bourgeois se prétendant un bandit.

Muguette, ou Dominique.

Lassée par ce pâle reflet de truand, la belle gosse donne son congé à monsieur Bill. Elle le largue. Lui, tellement habité par son personnage de voyou, réagit en maque. Et donc, décide de la punir. Georges Rapin emmène la jeune femme en voiture dans la forêt de Fontainebleau, lui tire deux balles de calibre 7,65 dans le dos avant de l’asperger d’essence et de la brûler… Vive, puisque Muguette – elle avait à peine 23 ans – se traina sur le sol quelques mètres avant de mourir, étouffée par la fumée.

Pour monsieur Bill, c’était chose normale que d’assassiner une gagneuse qui n’obéissait pas. Il estimait obtenir ainsi le respect tant attendu par la peur. Le Milieu ne fut pas franchement d’accord. Il n’hésita pas à balancer Georges Rapin, le demi-sel, aux policiers.

Finalement, monsieur Bill fut condamné à mort à la suite d’un procès ultra médiatisé. Malgré la présence nombreux intellectuels dans le public ( Jean-Paul Sartre, Françoise Sagan, Henri-Georges Clouzot, Bernard Buffet…), malgré une défense assurée par un des ténors des avocats de l’époque (René Floriot) et ce, grâce – encore – à l’intervention de maman. Pourtant, cela prit moins de 30 minutes au jury pour condamner Georges Rapin à mort. Celui-ci refusa le pourvoi en cassation, considérant sa condamnation comme une reconnaissance de son statut d’envergure nationale. Finalement impressionné, le Milieu le reconnut comme un des siens. Drôle d’hommage posthume. Qu’Alphonse Boudard raconte :

Ce 22 juillet 1960, le France était en vacances, l’exécution de monsieur Bill ne suscita que quelques lignes dans la presse. J’étais ce matin-là au sanatorium pénitentiaire de Liancourt, dans l’Oise. Avec des détenus de toutes sortes… Assassins, voleurs, violeurs, escrocs… Dans de grands dortoirs de vingt lits. Innovation pour l’époque, un haut-parleur qui nous diffusait la radio nous annonça l’exécution de Georges Rapin… Mort courageusement, précisait l’information. Sitôt, les réaction se firent entendre.  » Le sale con, il ne l’a pas volé ! « ,  » Une ordure de moins !  »  » Bien fait pour sa gueule !  » Etc. Il y avait parmi nous un certain Antoine R…, un caïd marseillais qui purgeait une peine de vingt ans de travaux forcés pour le meurtre d’un truand dans un règlement de comptes. Brusquement, il est intervenu avec autorité : – Taisez-vous… Y a plus rien à dire ! Il est mort en homme ! »

Comme épitaphe, il ne pouvait pas souhaiter mieux, monsieur Bill.

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