Madame rêve

Nous sommes allés dîner dans un nouveau restaurant prometteur, au nom poétique : Madame Rêve. L’établissement est collé au palace du même nom, le tout implanté dans l’ancienne poste du Louvre. L’endroit est magnifique. C’est la dernière création de Laurent Taiëb, l’homme à l’origine d’endroits célèbres comme le Kong ou Bon. Mais il ne faut pas y aller. Et je vais vous dire pourquoi.

Au début, tout commence bien. Comme dans une belle histoire hollywoodienne. Madame Rêve est magnifique. La décoration est jolie, les couleurs chatoyantes. Le bar est très beau, et vous pouvez me croire, c’est un domaine que j’ai bien connu. Nos amis sont là, à nous attendre. Nous ne les avons pas vus depuis longtemps. Nous sommes heureux de ces retrouvailles. Vous le voyez, tout se passe bien.

Une jeune femme vient nous expliquer le menu, à base de cuisine italienne. Lulu et moi, qui revenons des Pouilles, sommes ravis. Elle nous raconte ses coups de cœur, nous prodigue ses conseils. Allez, nous commandons trois salades de poulpe – Très bien – et Lucie marquera sa différence en optant pour une Burrata des Pouilles. Délicieux, me dira-t-elle entre deux bouchées. Tout est merveilleux. Nous sommes au pays des bisounours gourmands.

Au tour des plats de résistance. J’ai choisi des tagliatelles au blanc de veau. J’ai apprécié. Non pas qu’il soit délicat comme je pouvais m’y attendre mais tout de même très bon. Lucie sera déçue de ses rigatonis aux gambas sur sa bisque de homard. Pas terrible, pas raffiné, dit ma chère et tendre entre deux bouchées. Nos amis apprécieront leurs assiettes même si, et nous serons tous d’accords sur ce point, nous sommes en dessous des entrées. Si on suit cette logique, il semble raisonnable de croire que les desserts ne seront pas au top.

Si seulement, vous dirais-je.

Les desserts sont signés Pierre Hermé. Excusez du peu. Je craque, oui, mesdames et messieurs, je craque sur le 2000 feuilles. Le mille étant un de mes desserts préférés, je me suis léché les babines en découvrant qu’il y en aurait deux fois plus.

Bon, après l’avoir mangé- sans l’avoir terminé – je comprends pourquoi Pierre Hermé est aussi costaud. Pas de crème pâtissière mais une épaisse crème praliné… La jeune fille – lire plus haut – nous ayant prévenu que le dessert était copieux, j’ai proposé à Lucie de le partager avec moi. Vous savez quoi ? Nous n’avons pas terminé le dessert.

Mais le plus beau reste à venir.

Alors que celui qui nous invite part aux toilettes, un beau gosse bien fringué, genre je suis un peu responsable ici, s’arrête à notre table et nous dit très poliment :

« – Bonsoir, monsieur. Bonsoir, mesdames. Tout s’est bien passé ? »

Nous répondons tout aussi poliment que oui, ouh la la, on a très bien mangé.

« – Parfait, répond le bellâtre, parce que je vais vous demander de partir. C’est écrit dans la réservation, vous n’avez que deux heures pour profiter de la table. Et nous avons un deuxième service qui se met en place.

– C’est une plaisanterie ? Je demande en souriant.

– Non, monsieur. Absolument pas. » Et comme pour mieux se donner du poids, il ajoute, très officiel : « – Je suis chargé de clientèle. »

Non seulement il nous plante avec cette dernière phrase mais en plus, il fait le tour des autres tables pour leur annoncer la même nouvelle. Du coup, tout le monde se regarde, solidaires et compréhensifs, avec cette même question qu’on devine dans les regards : mais qu’est ce que ça veut dire ?

Entendons-nous bien. Ce restaurant pratique des prix confortables. Je veux dire que l’addition promise équivaut à un demi smic. Quand on est à ce niveau, l’erreur est exclue. Bien sûr qu’ils ont besoin de notre table. Après tout, c’est le deuxième jour d’exploitation. Le personnel est débutant, des petites erreurs de mise en table mais rien d’absolument effarant. Jusqu’à ce coup de théâtre : nous devons partir. Dernier détail : quand le bellâtre-attention-je-suis-chargé-de-clientèle nous avertit de notre expulsion, j’ai à la main une tasse de café. Ça veut bien dire ce que ça veut dire, non ? Un café se sert souvent à la fin d’un repas. Et comme je suis chiche, je regarde ma montre : il nous reste quinze minutes sur les deux heures accordées. Quand mon pote revient des toilettes avec la mine triomphale d’un homme qui va mieux, nous lui racontons le dossier. Ni une ni deux, il blêmit et dit : « – Ça fait trois fois que je demande l’addition. » Qui n’est toujours pas arrivée, d’ailleurs. Il file retrouver le bellâtre-attention-je-suis-chargé-de-clientèle pour une explication de texte.

Quand nous partons, une jeune femme blonde essaye de rattraper le coup. « – Vous savez, c’est expliqué dans le mail. Nous donnons deux heures pour un repas. » Et mon copain de répondre : « – Mais c’est beaucoup trop long, deux heures ! Votre personnel est lent, vous oubliez de nous apporter l’addition : voilà pourquoi nous restons deux heures.»

L’histoire pourrait s’arrêter là. Pas du tout. Il manque presque l’essentiel. L’homme qui pourrait tout arranger : le patron. Je l’ai repéré très vite. Petit, chauve. Bonne bouille. En fait, je le découvrirai plus tard : il s’agit de Laurent Taieb en personne.

Laurent Taïeb : il se définit comme un entrepreneur en émotions. On en a eu. Mais pas celles prévues.

Je le vois qui s’impatiente. Il n’apprécie pas que la jeune fille diplomate perde son temps avec des gens comme nous. Je me dis qu’il va venir nous expliquer la situation. Voire même l’arranger. Mais pas du tout. Au bout d’un certain temps, il s’empare du bras de la jeune femme, nous lance un « – Il y a un deuxième service ! » Pas d’excuses de sa part, rien. Et c’est le Big Boss. Au dessus, c’est Dieu. Ben, merde, alors. Nous sommes scotchés.

Nous partons, sachant que nous ne reviendrons pas. Je ne parlerai pas de la musique assourdissante, bon, pourquoi pas ni du personnel qui débute et de la nourriture bien sans plus… Je vous dirais, où du moins, vous conseillerais-je, de ne pas y aller. C’est une dépense inutile.

Finalement, Madame Rêve d’être à la hauteur d’un grand restaurant. Espérons qu’elle le soit un jour. Même si j’en doute sérieusement. On peut toujours rêver…

I love you. All of you. And Lulu.

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