La maison du Capitaine Maggiore

Nous sommes sur la route. Dans la région des Pouilles, dans le sud de l’Italie. Plus précisément à Ostuni. En face de notre hôtel, le Novencento Hôtel Resort, se dresse une maison. Jadis, elle dut être splendide. Aujourd’hui, elle est abandonnée. Alors, sans vraiment comprendre pourquoi, nous sommes rentrés dedans.

Comme je l’ai dit, cette maison devait être belle. Malgré son aspect délabré, la demeure conserve une indéniable élégance. Quand on la découvre, c’est la géométrie qui saute aux yeux. La porte d’entrée – au dessus de laquelle on peut lire la date 1903 – est cernée de deux fenêtres, placées a égale distance. Un petit escalier dessert le perron.

L’entrée de la maison

Sincèrement, nous avons hésité à entrer. D’abord parce que le réceptionniste de l’hôtel nous avait prévenu de personnes âgées vivant dans la maison. Sur ce point, Lucie et moi avons vite constaté qu’il n’en était rien. Les traces de vandalisme et de camping sauvages étaient plus qu’évidentes.

Aussi parce que pénétrer dans une maison qui n’est pas la sienne, crée une appréhension. Elle ne dure pas très longtemps. Assez, cependant, pour respecter la demeure.

Le hall d’entrée est lumineux. Ce qui est surprenant, quand on constate l’état d’abandon. Sur un meuble, des photos s’étalent. Une jeune mariée et une vieille dame, une autre photo d’un couple en tenue de mariage également, mais beaucoup plus ancienne. Il y aussi un très vieux cadre d’une photo de famille. Celle-ci est ancienne et est à moitié rongée par l’humidité. J’ai pensé l’emporter. J’ai renoncé.

Il est temps de laisser cette maison tranquille. Elle a souvent été vandalisée ou détruite. Partir en la remerciant est le meilleur moyen de la respecter.

Pourtant, mon appétit photographique n’est pas totalement rassasié. En tournant mon regard vers la droite, je remarque alors une annexe. Je veux dire, un ajout a été créé sur l’aile gauche de la maison. Je décide d’y aller.

L’annexe

Il ne reste pas grand chose là non plus. Une chambre, ou du moins, ce qu’il en reste. Le squelette d’un sommier repose pour l’éternité, semblerait-il. Le reste des pièces est totalement vide.

C’est en sortant de l’annexe que je le vois. Il est posé contre un mur, pourtant presque par terre. C’est un cadre de couleur noire, à la taille moyenne, recouvert de poussière et de toiles d’araignées. Je jette un œil, lis les premières lignes. Mon cœur s’emballe. Je le sais désormais : il est hors de question que ce document – dont je ne comprends pas vraiment son contenu – reste ici, échoué dans la campagne italienne. C’est décidé : il sera accroché à un mur de la maison.

En quelques mots, voici ce qu’il raconte. Sur ordre du roi Vittorio Emmanuelle III, sur proposition du Duce et du ministre de la Marine, le capitaine médecin Maggiore est élevé au rang de chevalier. À peu près… Ce dont je suis certain, c’est de la date : 10 juin 1940.

La maison appartenait à la famille du capitaine Maggiore ? J’ai trop envie d’y croire.

Comme j’ai envie d’écrire que le capitaine Maggiore est le fils – où le petit fils – du propriétaire de la maison… Cette dernière a été construite en 1903 et le capitaine nommé chevalier en 1940, soit 37 ans après. Mon imagination s’enflamme. Il me semble entendre des rires et des conversations italiennes, quelque part, dans les recoins de cette maison vide. Je m’empare du cadre. Si la famille du capitaine Maggiore n’existe plus, il en restera toujours un petit morceau fixé sur un mur de notre maison.

I love you. All of you. And Lulu.

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