Naples, éternelle

Cette ancienne capitale, puisqu’avant Garibaldi, Naples était un royaume, se décrit difficilement. Raconter des odeurs et des ambiances, surtout les premières, est difficile. Se promener le long du bord de mer – où se trouvent d’ailleurs les touristes en bandes organisées – et profiter du soleil, en admirant le golfe de Naples. Découvrir le patron local, immortel et immuable, le Vesuvio. Le volcan s’impose. On pourrait le croire vivant, surveillant ce petit monde napolitain qui s’agite. Et prêt à intervenir, si les Dieux le veulent, sa dernière éruption remontant à 1944.

Après le bord de mer, nous avons remonté la Via Toledo. La rue traverse la cité du sud au nord, marquant la frontière entre le Centre Historique et la quartier espagnol. Il ne faut pas hésiter à s’arrêter dans la magnifique galerie Umberto Ier, merveille faite d’acier et de verre, construite en 1887.

Ensuite, c’est jeter un œil dans les cours intérieures des vieux immeubles, prendre le temps de regarder, de découvrir. Naples a un autre rythme de vie que Paris. Plus lent, plus coloré mais plus bruyant. La nuit tombe doucement. Les napolitains se rassemblent sur les places publiques, parlant avec ce panache italien que j’aime tant.

Au bout de quelques heures à marcher dans la ville, Lucie me soumet une idée. -“Tu devrais photographier Naples en noir et blanc. C’est une ville qui traverse le temps, précise-t-elle. Elle est éternelle.” Je suis plutôt pour la couleur mais j’ai envie d’essayer.

Nous arrivons dans le quartier espagnol. Ainsi appelé parce qu’au 16ème siècle, le vice roi d’Espagne régnant à Naples, Pierre de Tolède, créa tout un quartier pour ses soldats. A peine terminé, la prostitution et la Camorra s’y installèrent. Il fut longtemps déconseillé aux promeneurs de s’aventurer dans ces ruelles tortueuses et étroites. Aujourd’hui, la chose est possible. Mais il est plus prudent de le faire dans la journée.

Le quartier espagnol est construit sur une pente. Les immeubles sont accrochés les uns aux autres. On dirait qu’ils se tiennent à l’aide de bras imaginaires au dessus des minuscules et sombres ruelles qui surgissent ça et là. Tout cela ressemble à un désordre soigneusement installé, particulièrement archaïque. Comme au mikado, tout peut s’écrouler.

Je ne peux pas ne pas vous parler des scooters. Comme au Cambodge, ils sont le moyen de transport préférés des napolitains. Ils sont partout, se faufilent entre les piétons et les voitures à une vitesse vertigineuse qui frôle l’inconscience. Évidemment, le port du casque n’est pas vraiment respecté et quand les pilotes en portent un, ce sont des galets, totalement inefficaces en cas d’impact. On les entend arriver à coup de klaxons retentissants. Cela crée une cacophonie assourdissante mais au fond, assez charmante. Tellement napolitaine, dirais-je.

Plus nous montons et plus Naples se dévoile. Nous sommes loin de la via Toledo. Il n’y a plus de bruit. A part le passage régulier des scooters, on pourrait presque croire que rien ou personne n’habite ici. Le temps semble s’être figé. Quelques napolitains nous observent derrière des fenêtres, se laissant photographier, étonnés que je m’intéresse à eux.

Nous avons conscience d’être dans un quartier authentique, avec ses codes et ses messages.

Sur un mur, un message de la Camorra : les Borghesia sont des amis de la police. Ils auront une mort infâme. Même si je ne me sens pas concerné, ça file les chocottes.

Pourtant, le quartier baigne dans la bénédiction religieuse. A chaque angle de rues, où en bas d’escaliers, on trouve des icônes, des saints, dés tableaux bénissant quelqu’un – des jeunes, la plupart du temps et décédés- ou le quartier.

Ces deux journées passées dans la capitale du royaume de Naples nous ont donné envie de revenir. La ville est fascinante, sale et extraordinaire. Finalement, deux petits jours à découvrir ce labyrinthe populaire et coloré, c’est nettement insuffisant. Je me demande même si une vie suffirait.

Je vous ai déjà raconté notre visite chez Michele. Comme vous connaissez déjà la trattoria Don Vincenzo. Bon, une dernière photo ?

I love you. All of you. And Lulu.

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