Chez mes grands-parents

Enfin !

C’est incroyable. Inouï. Je l’ai voulu je ne sais combien de fois. Après pas mal d’années – peut-être cinquante – à le rêver, je suis revenu dans l’appartement des mes grands-parents, à Grenoble. Là où mon père et ses frères sont nés et ont grandi. Où moi-même, j’ai grandi de 1965 à 1969. Là où ma mémoire commence…


J’ai emmené mon Lulu et Anne Marie sur les traces de mon enfance. Nous sommes passés devant l’école Cornélie Gémond, la maternelle où je me souviens avoir appris des mots d’italien. Tout naturellement, j’ai suivi le chemin de notre ancienne maison. Je me suis arrêté devant la porte de l’immeuble. Un code m’en interdit l’accès. Pourtant, quelqu’un en sort. J’en profite et m’engouffre, remerciant au passage l’aimable jeune femme. Les filles me suivent. Je jette un œil à l’interphone. Une famille Verdier habite au rdc. Je sonne malgré les protestations de ma mère. Quelqu’un répond. Je me présente poliment, m’excuse de déranger et explique qui je suis. Et demande si je peux entrer. « – Bien sûr, me répond la femme à l’interphone. »

Voilà comment je rencontre Gloria Verdiel Plasencia, propriétaire depuis six ans de l’appartement de mon enfance, celui où mes grands-parents ont élevé la marmaille tumultueuse des Vautier. Elle nous accueille en souriant, même si assez intrigué par ce singulier trio qui lui rend visite.

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Gloria, la propriétaire du 7

Je retrouve, le coeur battant, cet appartement qui a bercé ma petite enfance. Très gentiment, Gloria nous donne accès à toutes les pièces. Elle devine mon émotion et m’autorise à faire toutes les photos que je souhaite. Pendant que ces dames causent des travaux (colossaux) de l’appartement, je marche silencieusement. Peut-être pour entendre un bruit du passé, sentir une odeur ou je ne sais quoi… Je suis dans la chambre à coucher de notre hôtesse. Autrefois, celle de mes grands-parents.

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La chambre à coucher.

La chambre de mes grands-parents n’a pratiquement pas changé. Bien sûr, des accès ont été condamnés et la salle de bains a disparu, remplacée par une douche italienne. Mais l’âme de l’endroit est encore là. Je n’ose dire à Gloria que ma chère grand-mère est morte dans cette pièce. Je reste un petit moment, perdu dans mes pensées et les souvenirs. Je me souviens d’Isabelle, ma soeur qui jouait sur ce plancher, minuscule petite boule blonde pétillante de yeux bleus. Du doux regard de ma grand-mère et de la sévère bienveillance de mon grand-père…

Et puis, parce qu’il y a une fin à tout, et aussi, parce que je ne suis plus chez moi, je sors.

Ma première joie : je découvre que la salle de musique – je l’appelle comme ça car il y avait un piano sur lequel jouait Marie-Thérèse, ma grand-mère. Papa y a plaqué ses premiers accords. Bien sûr, le piano a disparu mais la pièce est fidèle à mon souvenir. Ce qui m’épate vraiment, c’est que ce salon est baigné de lumière. Derrière ces deux fenêtres, il y a un carrefour, encerclé d’immeubles anciens et sinistres, anéantissant toutes douceurs lumineuses.

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Le salon

Une autre merveilleuse surprise m’attend. Je me souviens très bien de l’office , niché dans la salle à manger, et dans lequel ma grand-mère rangeait la vaisselle de sa petite famille. J’étais convaincu que cette pièce n’existait plus. Pourtant, elle est bien là. « -Je n’allais pas me priver d’un si joli bureau… » M’explique Gloria.

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L’ancien office

La salle à manger est pratiquement la même que dans mon souvenir. La nouvelle propriétaire a fait condamner les anciens accès qui menaient dans les chambres. La double porte d’entrée a également disparu. A la place, surgi d’un autre temps, une arche en briques rouges, datant de l’époque de la construction de l’immeuble, embellit la pièce et lui confère un cachet unique. Et puis, Gloria me rassure : « – Par contre, le plancher est d’origine… »

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La salle à manger. On devine l’office à droite. Les accès qui amenaient aux chambres ont disparu.
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La salle à manger dans les années 45. Mon père est le petit bonhomme au bout de la table. ma grand-mère, Marie-Thérèse, est à droite. La porte de l’office est derrière.

Je regarde les lattes, ému. Ah, ils ont couru, ils en font fait des milliards de kilomètres, les Vautier, mon père, ses frangins ou mes cousins et moi, sur celles-ci.

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L’arche court tout le long d’un couloir, créé par les architectes, et qui donne accès sur les anciennes chambres de mes oncles. A la gauche de celui-ci, la cuisine. Elle est sensiblement à la même place que celle que j’ai connu. Mon coeur se serre en remarquant l’absence de l’escalier qui amenait à ma chambre – celle de mon père également – et qui juxtaposait la chambre de Jean-François, mon oncle.

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La rambarde. Je parie ce que vous voulez qu’il y a toujours mes empreintes… Entre autres.

Gloria a préféré créer un petit accès en marches sur le côté gauche de la cuisine. La rambarde de l’ancien escalier a été cloué sur le mur, hommage à une époque passée que la nouvelle propriétaire ne cherche pas à oublier.

Dieu sait que mes petites pognes ont du l’agripper, cette fichue rampe.

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En haut, une jolie petite chambre colorée, joliment éclairée par une arche en verre qui n’existait absolument pas. En découvrant la vieille briquerie, les architectes ont eu l’idée de créer cette fenêtre, donnant plus de volume à la pièce. Je découvre une salle de bains minuscule derrière un mur blanc. Autre fois, en 1967, je m’endormais là, buvant un verre de lait tiède que m’apportait Marie-Thérèse, ma grand-mère.

Je redescend vers l’entrée. Vu sous cet angle, c’est très proche de mon souvenir. Je me souviens avoir longuement pleuré à cet endroit dans les bras de ma grand-mère parce que je partais vivre avec papa à Paris.

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L’entrée de l’appartement

Il y avait un petit siège entre la porte et le radiateur – d’origine – sur lequel elle était assise. Je me refusais à partir et dans la chaleur de ses bras, je voulais rester avec elle. Marie-Thérèse murmurait : -«  Ne pleure plus, tu vas me tuer… »

Nous étions tous les deux tellement tristes de nous quitter. Je porte encore cette peine. je ne l’ai pas oubliée. D’ailleurs, je ne le cherche pas. Pourquoi ? Je suis parti le lendemain sur Paris. Je n’ai jamais remis les pieds dans cet appartement merveilleux. C’est le dernier souvenir que j’en ai.

A gauche de la porte d’entrée, c’est la double porte qui emmène vers la chambre de mes grands-parents. Surprise, il y a toujours ces beaux vitraux dont je me souviens. Ces derniers ont été restaurés. C’est magnifique.

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Les vitraux datent de 1908. Signés Antoine Bernard, maître verrier grenoblois.

Ce voyage dans le temps me touche. Tous les petits Vautier de l’époque – devenus des vieux croulants aujourd’hui et dont je fais partie – sont venus au moins une fois dans ce grand appartement sombre d’alors. Je pourrais presque entendre la voix joyeuse de Marc, mon cousin avec qui je fus élevé pendant ces belles années, souhaiter une bonne fête à notre grand-mère, alors qu’il surgissait par la porte pour lui offrir un petit cadeau. Je revois Robert, mon grand-père, marcher le long du couloir d’entrée, les mains dans les poches de son impeccable blazer soigneusement fermé sur sa chemise blanche orné d’un éternel noeud papillon, en sifflotant je ne sais quel air entre ses lèvres.

Gloria nous confie que si elle a craqué pour cet appartement, sombre et en rez de chaussée, c’est parce qu’elle a senti une âme bienveillante veiller. Certainement, celle de ma grand-mère, lui ai-je répondu.

J’embrasse la propriétaire comme du bon pain, tellement heureux de ce bonheur qu’elle m’a donné en m’autorisant à retrouver ces traces de mon enfance. Merci, Gloria, tant de fois merci, pour ce moment unique et pur.

I love you. All of you. And Lulu.

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