Qui veut épouser mon fils ? Pas moi, en tout cas…

Les mayas se sont donc trompés : ce n’est pas la fin du Monde.

Je suis un peu déçu, mes chers et fidèles amis lecteurs, de ce manque d’apocalypse. J’étais planqué à côté de ma Lulu, prêt à vivre mes dernières heures en sa compagnie – how romantic – mais rien, pas un grondement de tonnerre ni même un craquement de branche…

La fin du monde aurait tout le mérité de faire disparaître deux ou trois bricoles comme des frontières et des religions et en aurait provoqué d’autres comme la solidarité entre les hommes. Bon, je suppose que ce sera pour un autre siècle.

Dans l’immédiat, les programmes de télévision ne changent pas. Voire même s’améliorent. J’ai découvert, et par le plus grand des hasards, je le jure, un programme de télé-réalité qui m’a laissé le cul par terre. Un programme soigneusement estampillé TF1 : Qui veut épouser mon fils ?

Le principe est diaboliquement simple : une mère nous présente son Tanguy de fils, récite que celui-ci est beau et sensible, gentil et généreux, drôle et intelligent. Mais voilà, elle voudrait bien que son rejeton trouve l’âme soeur et conclut sa présentation par un très émouvant – je plaisante – : Qui veut épouser mon fils ?

J’ai donc regardé l’émission de la semaine dernière. Ah la la… C’était une finale, où les prétendants devaient choisir entre leur mère – possessives – et l’élue de leur coeur. Ah la la…

Vous le savez, mes chers et fidèles amis lecteurs, j’ai travaillé quelques quinze années à la télévision française. Je connais les codes d’un programme, leurs efficacités et comment ces derniers peuvent nous rendre « accro » à un programme. Dans le cas de celui qui nous interesse, ceux-ci sont bougrement efficaces, croyez-moi.

Me voilà donc planté devant le show. Je vous laisse découvrir le résumé officiel de celui-ci :

Le grand jour est, enfin, arrivé pour nos cinq célibataires ! Permettra-t-il à Morgan, Frédéric, Julien, David et Alexandre de s’émanciper ? Ils devront faire un ultime choix qui peut changer leur vie à tout jamais… Vont-ils choisir de partir avec leur prétendante préférée ou préfèreront-ils rester chez leur maman et leur papa ? L’amour de leur mère sera-t-il assez fort pour les laisser partir ? Les garçons auront-ils le courage de quitter celle qui jusqu’à maintenant était la femme de leur vie ? Réponse lors de la cérémonie finale avec Morgan et Pascale, Frédéric et Chantal, Julien et Serge, David et Rachel, Alexandre et Linda !

J’y suis allé. J’ai vu. Ils m’ont vaincu.

A la fin de l’émission, une tristesse…Non, une certaine mélancolie m’a envahi.  Je trouve dommage que la télévision développe son savoir-faire et sa créativité à nous imposer de telles merdes venues d’ailleurs. Oui, car 90% des télé-réalités sont d’origine étrangères… Bref, je me suis retrouvé scotché à découvrir les idylles de quatre jeunes mecs, incapables de se caser. Le programme les décrit comme cavaleurs, volages : donc, instables  Ou alors, tout le contraire, timides, indécis et donc, presque puceau. Heureusement, la télévision veille. Elle va ramener des gonzesses en veux-tu, en voilà, à nos quatre prétendants à l’amour. Il y a de tout : des bombes, des boudins, des prêtes à y aller, des qui ne l’ont jamais fait, des élégantes, des vulgaires, des brunes, des blondes, des blanches, des noires… A se demander pourquoi elles sont là, à chercher un Jules. Pour nos quatre fils à leur maman, il ne reste plus qu’à en choisir une. Seul hic, et c’est là toute la richesse du programme, la maman est là et donne son accord, ou non.

Je vous passe les détails du programme. Les dîners amoureux avec plusieurs prétendantes, les conversations aussi passionnantes que les Pages Jaunes… Un exemple ? Oh oui, un exemple !

Lui : – Ce que j’aime chez toi, c’est que tu rigoles à mes conneries. Elle : – Ouais, tu me fais rire…   Lui :  – C’est top…

Du Michel Audiard, je vous dis. C’est affligeant de voir nos gamins avoir aussi peu de cervelle, au point qu’on croirait entendre leurs neurones s’entrechoquer quand ils réfléchissent. La preuve en est quand ils justifient leur décision finale au cours du dénouement de l’émission. Là, c’est du sérieux, du grand. C’est tellement beau que j’ai eu envie de pleurer… Je déconne, d’accord ?

La scène finale vaut son pesant d’or… De cacahouètes, plutôt. Elsa Fayet, animatrice de l’émission, bien jolie, bien proprette, accueille les quatre couillons. Dans une ambiance où la musique conditionne l’ambiance « dramatique » du show, les garçons se découvrent devant les mamans – dont certaines frôlent l’incestueux mais c’est bien sûr voulu par le programme – et nous révèlent ce que j’avais toujours soupçonné : ils sont capables de raisonner. Je pense, donc, je dis des conneries.

Ainsi, David, jeune môme de 23 balais, explique qu’il a eu un raisonnement réfléchi pendant tout le programme. Entendez par là qu’il a testé deux prétendantes. Il a pesé le pour et le contre et démontrant que la bague qu’il est censé offrir à sa chère et tendre n’est qu’un symbole – la vache, il réfléchit, le gamin – le jeune homme préfère repartir avec sa maman – parce que, dit-il, une mamanca ne se remplace pas – laissant la fiancée stupéfaite… Il est vrai que la maman du David repasse ses chemises, a une voix de poupée et la gueule bien refaite, blonde oxygénée et peau claire au contraire du môme qui lui est noir de cheveux et mat de peau. Je me demande si je ne viens pas d’assister à un remake de Liaison Fatale, version souffre.

Morgan est roux et aime s’habiller dans des costumes violets du 19ème siècle. Tout comme le Joker, l’ennemi juré de Batman. Il joue du piano – c’est son métier – sous les yeux admiratifs de sa maman rousse, Pascale. Le jeune homme de 30 ans va expliquer à Elsa Fayet que grâce à l’émission, il a réussi à ne plus céder à sa mère, à prendre des décisions seul et surtout, à exister par lui-même. Mieux vaut tard que jamais, me direz-vous. Un mec qui coupe son cordon à 30 balais, c’est plutôt bien. J’en connais qui ne l’ont toujours pas fait à 50… Bref, le virtuose du piano – d’ailleurs, on ne l’entend jamais jouer, Mozart – offrira la bague à Karen, prouvant ainsi à tous savolonté de vouloir être un adulte. A 30 ans, on ne peut que l’en féliciter. Avec les deux mains, je vous prie…

Frédéric est un gros nounours. Si, si, je vous le jure. Il écrit des poèmes bouleversants de stupidité.

« – Je prends ma plume pour cette bague, cette bague symbolise l’anneau de la découverte vers la lumière de l’amour. » Et la gamine qui reçoit la bague en question  – flûte, comment s’appelle-t-elle déjà ? – de rouler des pelles au Nounours… Lui et sa maman, Chantal, se sont résumés en ces termes : On y est des gens simples. C’est clair, plus simple, tu te perds dans le métro.

Julien est un beau gosse. Du moins, c’est ce qu’il veut donner comme impression. Habillé à la dernière mode, mince et élancé, le regard aussi lumineux que celui d’une vache qui regarde passer un TGV, le gosse nous apprend qu’il a été séparé de son père. Que ce fut difficile. Ainsi, non seulement, le bellâtre trouve une fiancée – Marie, belle sauterelle aux grandes jambes fines – mais aussi un papa aimant et attentif. Ce qui fut brisé est maintenant reconstruit, alleluia, le père et le fils sont maintenant unis dans l’amour le pus sacré : celui de la Famille. Moi je veux bien mais pourquoi nous présente-on, en tout début d’émission, ce même Julien qui travaille depuis plusieurs années avec son père, dans l’immobilier ?

Et enfin, le top du top, le maximum of the happiness : Alexandre.

Beau gosse blond… Beau gosse, beau gosse, je ne suis pas sûr qu’il le soit mais c’est comme ça que l’émission nous le présente… Bref, Alexandre est tombé amoureux de la très jolie et très grande Corina. Ah, elle a quelque chose, la drôlesse. A part ce très vilain tatouage sur le pied, je vous l’accorde, elle est belle et ingénue. Je comprends que la production soit tombée sous son charme. Alexandre est hypnotisé, il succombe, il vacille. La Belle fait tomber le Bête. Mais il y en a une qui reste étanche à ce débordement de séduction : Linda, la maman. Elle le dit à son fils : cette fille-là ne veut pas te faire d’enfants, elle veut s’amuser ! Mais malgré toutes ses recommandations, Linda quittera le plateau quand son fils annoncera choisir la belle Corina.

Deuxième saison bouclée : on nous présente déjà les prétendants de la troisième. Là, c’est du lourd, du gras, du moche. Et dire qu’on trouvait Sacrée Soirée vulgaire…

Conclusion ? Ah, il vous en faut une, mes chers amis lecteurs ?

Parce que c’est vous, je vais m’y essayer.

Pas un instant, pas un seul, j’ai le sentiment que ces histoires d’amour fabriquées par une production en quête de spectateurs, vont durer. Ce n’est pas ça qui m’attriste le plus. Mais bien le fait que la Télévision veuille nous faire croire que ses codes soient les clefs universelles du Bonheur. Ils sont des pretextes à faire du fric et non à rendre les gens heureux. Le plus grave n’est peut-être pas qu’elle y arrive mais bien que nous y croyions.

Enfin, vous. Moi, ça va, j’ai donné.

I love you. All of you. And Lulu. Que j’ai rencontrée à l’occasion d’un dîner, sans caméras. Comment ai-je fait ?

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