Forcément injuste…

Il y a certaines fois où je me qualifierais volontiers d’imbécile certifié, de crétin diplômé voire même de couillon olympique. Si, si, ne faites pas semblant d’être étonné, bande de mauvaises fois à quatre pattes, je suis un idiot conforme aux nouvelles normes européennes.

Voyez-vous, je suis victime de la plus grande escroquerie dont l’Etat est l’instigateur, je peux me défendre, oh oui ! Je le peux… Et pourtant, je ne le peux.

Mais que je vous explique…

En octobre 2010, alors que je chevauchais fièrement Tornado, mon fidèle scooter, je me fais arrêter par une patrouille de policiers. Je n’ai pas mes papiers, pour changer. Ils décident donc de m’emmener au poste pour vérification. Je n’ai absolument rien à me reprocher et de bonne humeur – car tout cela est très bon enfant – je suis nos amis policiers.

Arrivés au commissariat, après une rapide consultation sur l’ordinateur, le ton change et devient méchant : mon permis a été annulé. Je tombe à la renverse, proteste. Pour cause, je n’en ai jamais été informé. Malgré tout, je suis amené devant l’officier de permanence, un adjudant stupide en plein repas, gros comme un boudha et dont le regard irrité m’informe que je le dérange. Je le devine : mon affaire est très très mal engagée.

Je suis donc placé en garde à vue.

C’était en octobre 2010. Je m’en souviens encore. Tout à coup, je perds tout. Mes vêtements, ceinture et lacets – tout ce qui pourrait m’inciter à me suicider, ce qui avec un retrait de permis est, vous le reconnaîtrez, très logique – mais aussi mon nom, mon identité et mon respect. Je suis menotté et rapidement emmené en cellule, comme un voyou, coincé entre trois voyous ukrainiens pris en flagrant délit de vol en bande organisé. Amusant comme la mémoire se souvient de beaucoup de choses…

Quelques heures plus tard, je suis amené devant un lieutenant de police. Il m’informe de mes droits. J’ai roulé sur un véhicule sans autorisation, because mon permis annulé. J’ai droit à un avocat. Je l’exige. Après tout, autant que je ne sois pas seul à m’emmerder, non ? Sur mon permis annulé, j’explique – et je suis sincère – que je ne suis au courant de rien. Ai-je reçu un recommandé ? Me demande le fonctionnaire. Non, rien, je réponds.

Il faut donc prévenir la préfecture de Grenoble – où a été délivré mon permis – vérifier que je ne suis pas au courant de cette maudite annulation. A quatre heures du matin, ce sera difficile. Je vais donc dormir avec mes trois petits voleurs, en cellule. On me menotte encore. C’est fatiguant.

Je dors mal. Peu. Il règne une odeur fétide, mélange de sueur et de vomi, d’alcool et de saleté. Dans la petite cellule où j’ai réussi à me trouver une place, les collègues – serais-je tenté de dire – se succèdent sans jamais se ressembler : un immigré clandestin, des ivrognes, deux jeunes qui ont piqué un scooter. Tous sont traités sans considération. Par contre, personne n’est tutoyé.

Vers neuf heures du matin, on m’emmène. Le policier – cheveux courts, regard dur et muscles évidents – me serre fort les canettes autour des poignets. Canettes = menottes, en langage poulet. Cette fois, je proteste. Pourquoi me menotte-t-il ? Et aussi fort ? Je ne suis pas un bandit. On ne sait jamais, me répond avec arrogance le flic. Vous pouvez être un assassin, être dangereux et attaquer un policier. N’importe quoi, je rétorque, je suis ici pour un permis annulé. Les assassins, je connais l’histoire, sont dans une autre garde à vue, souvent situé dans les étages du commissariat. De voir que je connais les rouages de la Maison ne le perturbe pas pour autant. Il me pousse un peu, signe que je devrais la fermer, ce que je fais.

J’arrive devant un nouveau lieutenant, un grand brun. Le flic en uniforme me force presque à m’asseoir. Voilà, mon lieutenant, il est là, dit-il avec la voix d’un imbécile qui a bien fait son travail. L’inspecteur le remercie. Sûr de mon bon droit, rassuré de voir un flic plus intelligent que la moyenne, je coupe la conversation :

« – Les menottes, c’est obligatoire ?

– C’est la loi, me répond le policier en civil devant son collègue en uniforme.

– Ah, et il doit serrer aussi fort ? »

Cette fois, c’est l’uniforme qui répond :

« – Je vous ai expliqué pourquoi. Je serais vous, je n’insisterais pas. »

La vache, ce mec est plus lourd qu’un camion humanitaire chargé à la gueule. L’inspecteur apaise les choses :

– » Merci, je m’occupe de monsieur Vautier. »

L’uniforme sort. Je ne peux pas avoir de respect pour des types qui, parce qu’ils portent l’uniforme, s’octroie des pouvoirs que la constitution ne leur a jamais donné.

Article XIII de la déclaration des droits de l’homme :

La garantie des droits de l’Homme et du Citoyen nécessite une force publique : cette force est donc instituée pour l’avantage de tous, et non pour l’utilité particulière de ceux auxquels elle est confiée.

Tout le monde a saisi mon propos. Le respect se mérite ou se gagne. Mais en aucun cas, il est attribué à un uniforme. Surtout quand le dit uniforme est porté par un pauvre garçon qui confond assassin et retrait de permis.

Je m’égare. Mon histoire n’est pas terminée.

J’interroge l’inspecteur sur les menottes. Ce dernier m’explique ou plutôt, me fait comprendre, qu’il ne peut désavouer un collègue devant un interpellé. Mais il me donne raison : je ne suis pas un criminel.

Nous revenons à mon affaire. Je vais être libéré, mon permis est annulé, je n’ai plus le droit de conduire. La préfecture de Grenoble m’a envoyé la confirmation de l’annulation par recommandé avec accusé de réception. Je ne suis pas allé chercher ce dernier à la poste et comme nul n’est censé ignorer la loi, je l’ai là où la poule fait l’oeuf. Forcément, ce n’est pas agréable.

Le soir, je prends une douche bouillante. Je reste sous l’eau bienfaitrice une dizaine de minutes. Cette garde à vue a été humiliante et il serait temps de changer les choses. Aux citoyens qui n’ont rien fait, qui ont un casier judiciare vierge, respect et politesse doivent être de rigueur, surtout venus de policiers assermentés. Ce sont les lois qui font les hommes, non des hommes qui les appliquent comme bon leur semble.

Quand je souhaite repasser mon permis, j’apprends que le délai est dépassé. Parce qu’il y avait un délai ? Mais pardonnez-moi, vais-je expliquer à la personne qui est au téléphone, quand on est au chômage, sans revenus et sans ressources, comment peut-on faire ? Et surtout, qui m’en a parlé ? Ce n’est pas mon problème, répond courageusement cette inconnue. Vous n’avez qu’à mieux vous informer. J’ai envie de lui dire qu’une garde à vue, en guise d’information, c’est déjà pas mal.

Tant d’indifférence me surprend et me laisse perplexe sur l’avenir de notre société.

C’est maintenant que mon histoire atteint son sommet, que les athéniens s’atteignirent.

Dégoûté de tant d’injustice et de mauvaise foi, je me suis tourné vers un avocat. Elle me demande de lui adresser mon RIR, relevé d’informations routières, que la préfecture vous donne gratuitement et sans discuter. En le lisant, je constate qu’effectivement, on m’a bien notifié mon annulation de permis. Et tous mes points sont partis pour de petits excès de vitesse, l’un après l’autre.

Sauf que…

Les six derniers points, ainsi que la fameuse annulation, m’ont été notifiées au 13 rue Macavyr à Saint Martin de Ré. Cette rue n’a jamais existé, elle n’existe toujours pas et je doute beaucoup qu’elle existe un jour.

Je n’habite pas à cette adresse.

Je n’y ai jamais habité. il est impossible que j’y demeure. Vous comprenez? Il y a une erreur capitale, de la part de quelqu’un qui n’a pas fait son travail et donc, il y a vice de forme.

Mon avocate me dit que c’est jouable. En échange de 2300 euros. Et encore, il a fallu que je négocie parce qu’au départ, elle voulait, la vilaine, 6500 euros. Certains n’ont peur de rien.

Résumons, si vous le voulez bien.

Parce que quelqu’un a très mal fait son travail, provoquant la responsabilité de l’état, je dois :

– Soit payer 1500 euros pour repasser mon permis.

– Soit payer 2300 euros pour un avocat qui doit écrire trois lettres.

Je pourrais aussi me défendre tout seul. C’est ça, Charles, espère. Seul, face à une machine dont j’ignore tous les rouages. Non seulement les juges me cassent en mille morceaux mais en plus, les avocats eux-mêmes piétinent mes restes.

Si quelqu’un a une idée, je suis preneur. Voyez-vous, je suis fatigué. Je n’ai rien fait et malgré le fait que je sois innocent, l’article IX de la déclaration des droits de l’homme, capital celui-là, n’est absolument pas respecté.

Tout homme étant présumé innocent jusqu’à ce qu’il ait été déclaré coupable, s’il est jugé indispensable de l’arrêter, toute rigueur qui ne serait pas nécessaire pour s’assurer de sa personne, doit être sévèrement réprimée par la Loi.

Sinon, tout va bien. On vit dans le meilleur des mondes. Nous sommes libres et égaux.

I love you. All of you. And Lulu

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