M…, alors !

Il est des jours où on apprend des choses, qui, si elles sont parfaitement inutiles, nous font comprendre le sens concret des expressions françaises. Ainsi, et pour vous donner un exemple, c’est la fin des haricots. Autrefois – je vous parle d’un temps que les moins de cent ans ne peuvent pas connaitre – les jeux de cartes et d’argent se jouaient sur des tables où les pièces étaient symbolisées par des haricots. Quand ces derniers n’étaient plus sur la table, c’est qu’en toute logique, il n’y avait plus d’argent : c’était la fin du jeu.

S’il y a bien une expression qui m’a intrigué, c’est “- Merde ! –“  prononcé avant chaque première d’un spectacle. Je me souviens très précisément de la première fois où je l’ai entendue. J’étais un gosse de 12 ans et je faisais partie de la troupe de l’Opéra Studio, sorte de Star Académie avant l’heure – il me semble vous l’avoir déjà dit, non ? – mais à la grande différence de l’émission de télévision, nous créions alors la Flûte Enchantée de Mozart, au cloitre des Carmes au Festival d’Avignon. Ce soir de juillet 1974, tout le monde se disait merde. Jean et moi, trop heureux de dire un gros mot avec l’autorisation de tout le monde, nous ne nous privions pas.

Mais quelle est l’origine de cette expression ?

C’est mon ami Merri qui me l’a expliqué.

A l’époque du grand Molière, la bourgeoisie et l’aristocratie se déplaçaient en calèche. Tout le monde sera d’accord avec moi sur ce point. Pour aller au théâtre, nos damoiseaux et damoiselles, grands seigneurs et autres marquises, se faisaient conduire en voiture à cheval dans la capitale. Vous suivez ?

Les carrosses attendaient plusieurs heures la fin du spectacle avant de ramener les nobles gens vers leurs châteaux ou autres demeures de prestige. Vous pensez bien que les chevaux composant les trains de ces calèches, n’ayant aucune éducation hygiénique, faisaient leurs besoins devant le théâtre. Il n’était pas rare de voir des tas impressionnants de crottin. La chance de se prendre les pieds dedans était plus qu’évidente, les rues étant faiblement éclairées. Apporter sur la moquette élégante de la salle de spectacle, une trace visible et odorante de son arrivée était certaine.  Alors, et aussi incroyable que cela puisse paraitre, le paradoxe suivant s’installa : plus ça pue, mieux c’est. C’est un signe d’affluence que cette mauvaise odeur dans le hall du théâtre et donc, la promesse d’un grand succès.

Voilà pourquoi, depuis cette époque, pour se souhaiter bonne chance, on se prend un merde affectueux dans l’oreille.

Merde alors.

Merde à vous.

I love you. All of you.

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